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 [RP] Le moment est venu…

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Marin

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MessageSujet: [RP] Le moment est venu…   Dim 29 Avr - 6:11

Le jour se levait à peine et un silence pesant régnait alentours. Une brume épaisse recouvrait d’un voile laiteux la campagne environnante. Les arbres, les bosquets, les champs entourant le domaine, tout était figé dans un état de torpeur que rien ne semblait pouvoir changer. Les grilles qui se rapprochaient, fantomatiques sous la lumière froide du petit matin, faisaient monter en Marin Bellay du Plessis une angoisse qui était apparue quelques heures plus tôt, quand il avait compris l’importance de ce qui allait se jouer dès qu’il aurait mis le pied sur le domaine de Ferrassieres. Il avait attendu, rêvé et probablement idéalisé ce jour depuis bien trop longtemps, et se retrouver là, au pied de ce mur qu’il voyait se dresser devant lui telle une muraille insurmontable, le tétanisait. Dans quelques minutes, il saurait… enfin.

Les naseaux fumants, son cheval à la robe sombre avançait au pas. Inutile de se presser pensait le jeune homme à la chevelure noire et au corps souple, il n’était plus à ça près. Le visage tendu, fendu d’une cicatrice sur l’oeil droit, il gardait les yeux rivés sur les grilles anciennes. Marin n’était plus un enfant de choeur mais cette barrière lui faisait si peur. Lui l’arnaqueur, habitué ses dernières années aux escroqueries les plus osées, lui qui choisissait toujours sa victime parmi les riches nobles aux moeurs dépravés, lui qui avait même gagné un certaine renommée à la cour des miracles, et bien cet homme-là tentait de calmer son anxiété, tout en se remémorant la longue quête qui l’avait amenée ici, sur le domaine de Balian Montbazon-Navailles.

Voilà plusieurs mois qu’il parcourait le royaume, marchant dans les pas de Balian et de Eleanor, le frère et la soeur, tout deux disparus, tout deux ayant fui les pressions familiales, lui le monastère, elle un mariage forcé. Elle était partie précipitamment le soir où son père Baudouin lui avait annoncé son mariage prochain avec un seigneur sénile de la région, l’homme était vieux certes mais il traînait derrière lui une réputation violente et malsaine. Cela importait peu pour le Rohan-Montbazon, ce mariage convenu liait deux familles de haut rang et assurerait richesse et pouvoir à la descendance d’Eleanor. La date était arrêtée quand il la prévint et le choc fut terrible pour la jeune femme. Désespérée, elle vola un cheval dans les écuries familiales et partie seule dans la nuit, laissant toute sa vie derrière elle. Retrouver sa trace n’avait pas été trop compliqué pour Marin, elle était rapidement arrivée à Laval chez la famille d’une de ses proches amies. Elle y resta quelques temps avant de partir pour Mayenne et enfin Avranches où elle réapparut sous le nom de Betba d’Avranches au côtés d’un certain William Blackney. Deux jumeaux sont nés de leur amour mais le bonheur sera de courte durée. William part, emportant avec lui Tristan le garçon et laissant Betba/Eleanor seule avec sa fille Gabrielle. Marin suivit la jeune femme à Honfleur et enfin à Belley où il retrouva sa tombe. C’en était trop pour le jeune homme qui venait d’apprendre la veille la mort de Tristan. Il sentit monter en lui une rage et un sentiment d’impuissance qui n’allait plus le quitter. Il avait tellement espéré la retrouver vivante, la ramener auprès des siens. Mais il était trop tard. Il allait abandonner ses recherches quand on lui confirma que la jeune Gabrielle avait aperçue récemment dans le Béarn, duché de prédilection des Blackney. Ce chemin semé de morts allait enfin s’arrêter, du moins l’espérait-il. Une lettre au duc de Mortain, Alcalnn Blackney, le neveu de Will, lui permettrait sans doute de retrouver Gabrielle.

Il lui fallait à présent se pencher sur Balian. Les choses étaient bien plus complexes et les indices, bien plus rares, l’avaient mené du Languedoc au Limousin en passant par le Lyonnais-Dauphinée, bien sûr. Les villes s’étaient enchaînées Narbonne, Saint Liziers, Dié,… Partout les mêmes questions, et partout les mêmes réponses, trop souvent vagues et incohérentes. Mais parfois un nom, un détail insignifiant pour le tout-à-chacun le remettait en selle et le remotivait. Combien de nuits avait-il passé dans des tavernes sordides à se réfugier dans l’alcool! Boire pour supporter sa solitude, boire pour faire face à ses échecs, boire pour oublier qui il était et avait été…
Mais l’espoir de retrouver l’homme en vie lui redonnait l’énergie nécessaire! Balian était là, quelque part, il le savait! Quand enfin une piste solide se présenta! Et cette piste portait le nom de domaine de Férassières… Ce pourrait-il que…? Renseignements pris, un Sieur Balian Montbazon-Navailles s’y était bien installé! Son chemin de croix touchait à sa fin…

Marin tira sur les rênes et le cheval s’arrêta instantanément. Le soleil pointait à l’horizon, il était temps d’en finir…
Il sourit… Marin Bellay du Plessis… Ah! Il s’en était donné du mal pour le trouver ce nom, pour donner du corps à son personnage, lui donner suffisamment de cachet pour endormir la méfiance de ces seigneurs vérolés qu’il appréciait tout particulièrement de dépouiller, avoir les manières qu’il fallait pour leur donner la sensation d’appartenir au même monde… Mais cela, c’était encore le plus aisé! Il lui suffisait de se souvenir de l’éducation rigide qu’il avait reçu, des cours d’escrime, de maintien… Toute la panoplie du parfait petit aristocrate… Inutile de simuler ce que l’on est! Il avait longtemps tenu son rang mais quand la pression se fit trop forte, il suivit la triste tradition familiale et s’enfuit…
Son sourire s’effaça. Le moment était venu. Il se dressa sur sa selle, droit comme i, le visage empreint d’une dignité qu’on ne lui aurait pas imaginé quelques secondes plus tôt, il regarda la cabane attenante à la grille et cria d’une forte et déterminée :


Faites prévenir le Seigneur Balian que Marin Montbazon-Navailles souhaite une audience! Faites lui savoir que son frère est là!
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Bardor

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MessageSujet: Re: [RP] Le moment est venu…   Dim 29 Avr - 14:10

Bardor qui faisait sa sieste de la journée fit réveiller en sursaut par un cri. Il tomba de sa chaise.

-Vingt dieux ! C'est qui celui qui gueule comme sa la ?! Moi j'étais entrain de faire un bon rêve..

Prenant la bouteille d'alcool de riz, il en bu une grande gorgée avant de ce pencher vers le bas de la grille. Il aperçus un homme, il était plutôt pas mal vêtis celui la par rapport aux autres.

Descendant les marchent, il alla ouvrir la fenêtre de la grille et dit :

-Bonjour sir, excusez moi j’étais... Occuper.. Pouvez-vous me redire qui vous êtes et ce que vous désirez. Sans criez car sinon mon otite va continuez ...
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Marin

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MessageSujet: Re: [RP] Le moment est venu…   Jeu 3 Mai - 5:33

Le cavalier, toujours frappé de rigidité aristocratique, regardait froidement l'homme dont la tête dépassait de la grille. Malgré la distance qui les séparait, il sentait les relents d'alcool qui accompagnaient le gardien depuis le haut des escaliers. Si le premier contact en disait souvent beaucoup, dans le cas présent, il pouvait craindre pour ce qui l’attendait derrière ces grilles. On était bien loin de l'accueil qu'une grande maison se doit d’avoir! Les serviteurs quels qu’ils soient, se devaient d’être respectueux avec les visiteurs, surtout s’ils se présentent comme de la fratrie du Seigneur des lieux! Il s’étonnait que celui qu’il espérait être son frère tolère ce type de comportement!

Ses pensées se figèrent. Le doute, sournois, s’immisçait à nouveau dans son esprit. Et s’il s’était trompé? Si ses informations s’avéraient incorrectes? Si en lieu et place de son frère disparu, il ne trouvait qu’un inconnu entouré de cerfs mal dégrossis à l’image de ce rustaud en face de lui… Et si… Mais non, il devait se reprendre! Le but était proche, il fallait sans convaincre! Tant d’efforts pour rien… Non, c’était impossible! Balian était là, derrière ces murs épais et bientôt lui, Marin, allait retrouver son aîné!


Bonjour sir, excusez moi j’étais... Occuper.. Pouvez-vous me redire qui vous êtes et ce que vous désirez. Sans criez car sinon mon otite va continuez ...

Aaahh! Mais pourquoi l’animal avait-il donc ouvert la bouche? L’odeur se fit insupportable. Mais qu’avait-il pu ingurgiter qui sente si mauvais! Humm… Oooh… Encore un haut-le-coeur. Marin s’étonna, il n’était d’ordinaire pas si sensible, l’heure matinale n’aidait certes pas, mais tout de même! Où le bougre avait-il trouvé une si mauvaise gnôle? Encore que … Encore que ça n'y ressemblait guère… Involontairement il commença à passer mentalement en revue les boissons qu'il avait pratiqué par le passé et dont il avait généralement abusé. Pardon, abusé n’est pas le terme qui convient. En effet Marin n’abusait pas, il profitait, nuance. Et pour justifier de ses écarts, il répétait à l’envie qu’il fallait être idiot pour ne pas profiter de ces petits plaisirs de la vie (bien souvent étroitement liés aux plaisirs de la chair qui, s’ils n’était pas très aristotéliciens, étaient, c’était une certitude, tout à fait à son goût!). Bref! Alors que ces digressions sautaient joyeusement dans son crâne d’une synapse à une autre, extérieurement son visage était toujours aussi fermé, offrant à son interlocuteur le masque du dédain.

Dans le joyeux maëlstrom de sa cervelle, les molécules livrées à elles même s’agglutinaient allègrement les unes aux autres et les liquides se recomposaient : les goûts, les odeurs, les textures, les sensations en bouche… et les résultats souvent peu glorieux de leur utilisation en grande quantité. Tous ces souvenirs reprenaient peu à peu corps : bière, hydromel, eau-de-vie, hypocras, whisky, liqueurs,… mais rien ne ressemblait de près ou loin à l’odeur nauséabonde qui s’échappait de la bouche du gardien. Même cette tisane infecte qu'il avait bu dans une taverne du Mans lui revint en mémoire. Ah! Il s’en souvenait bien du breuvage et de ses effets, ou plutôt de ses méfaits… Il se souvenait parfaitement du lieu et de la marmite dans laquelle elle était tranquillement à chauffer. Et il se souvenait surtout de… Hum…surtout de rien d’autre! Il donnerait d’ailleurs cher pour savoir ce qui s’était passé cette nuit-là et, bien plus important, d’où provenaient les herbes utilisées, ce type de substance pouvant s’avérer fort utile dans certaines situations délicates qu’un monte-en-l’air pouvait parfois affronter.

Digressions, encore! Il suffisait! Il se fit donc une raison, il ne trouverait sans doute pas l’origine de l’odeur, mais après tout, peu lui importait! Il devait se recentrer sur le but de sa visite. Il jeta un regard noir sur l’homme à la grille. Il était sensible des oreilles, le pauvre? Il avait une otite, le malheureux? Fort bien!

Pris une grande respiration et, de sa plus forte voix, hurla en direction du gardien :


MARIN MONBAZON-NAVAILLES, AUDIENCE AVEC SON FRERE, MAINTENANT! C'est plus clair à présent?
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Leon.

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MessageSujet: Re: [RP] Le moment est venu…   Jeu 3 Mai - 10:53

Mains gluantes. Liquide visqueux. Tige longue et dur qu'il fallait astiquer... Non non ne vous y méprenez pas, Léon était simplement en train d'enseigner à ces cadets l'art et la manière de nettoyer une épée quand un bruit de sabot et une voix se fit entendre à l'extérieur. Refusant d'accueillir un visiteur, quel qu'il soit, avec un tablier crotter et les mains grasses, il entreprit donc de prendre quelques minutes pour dénouer l'un et laver les autres. Il ne pourrait pas en retirer l'odeur le Léon, il le savait. Mais comme chez tout soldat ou ancien soldat, certaines odeurs s’imprègne et ne vous quitte plus jamais. Celle des chevaux par exemple ou celle du cuir dont était fait les cottes d'uniformes. Sans oublier celle de graisses diverses dont on induisait aussi bien les bottes pour les rendre hermétiques à l'humidité que les armes pour en retirer rouilles et saletés. Bref un vrai soldat devait sentir sans cela, ce n'était pas un vrai soldat ! Le contraire est aussi improbable qu'une couturière sans corne au doigts à cause des coups d'aiguilles ou qu'un marin qui n'a pas la peau tanné par le soleil.

Bref.

Le Léon prit donc quelques minutes pour se rendre un minimum présentable. Il y allait de l'image de son seigneur tout de même. Et l'échos d'une seconde voix lui fit tendre l'oreille... Le visiteur serait-il accompagné ? Il aurait pu le croire. Seulement voilà. Cette seconde voix il la connaissait et il commençait à bien la connaitre. Il s'agissait du nouvel écuyer du seigneur.

Gré Vin Dieu qu'est-ce qu'il v'nait fichtre là lui ?

Pas qu'il l'aimait pas le bougre, non non. Le seigneur avait eut la bonté d'lui demander entrainement ces fils. C'était une bonté de sa part, l'ancien soldat s'avait parfaitement. Mais il avait prit la nouvelle avec une pointe de ressentiment quand même. Il avait toujours entraîné ces gamins lui même, il avait toujours mis un point d'honneur a en faire de vrai hommes et de bons soldats. L'seigneur l'jugait-il trop vieux pour cela à présent ? C'était bien là, la crainte secrète du garde. Mais il ne pouvait pas nourrir le moindre sentiment négatif envers son employeur, question d'éthique. En revanche, il n'avait pas à avoir cet attention envers l'écuyer, alors il ne s'en privait pas. Intérieurement biensur. Dans ces actes et dans ces mots, rien ne pouvait laisser suggérer la moindre rancune... Rien. Enfin pas encore ...

La voix reconnu, il ne fallut pas plus de quelques seconde au vieux soldat pour être dehors. Juste à temps pour assister à une partie de l'échange. Seconde phrase de l'écuyer qui énerva prodigieusement l'garde. Réponse du visiteur qui amusa grandement l'Léon. Vu le ton et la prestance, pas d'doute, il avait bien à faire à un Montbazon. Plus tard, il notera qu'il était bien jeune pour être le frère du seigneur. Semblait plus proche de l'age du rejeton. Mais alors, une pensée lui rappelerait qu'entre sa fille ainée et son petit dernier, vingt années s'étaient écoulé. Suite a celui, il ne se ferait plus se soucis. Mais il n'en était pas encore là ... En revanche, il en était à l'instant même ou il était temps pour lui de mettre son grain de sel dans la situation actuelle.


"Sconeunieuh. Sconeunieuh. Sconeunieuh... T'ché qu'c'est qu'tu fou là !?! D'puis quand t'es au grille toi !?!"

Vous l'aurez compris c'est a l'écuyer qu'il s'adressait ainsi. Furieux, il s'en était approché, les poings sur les hanches. N'allez pas lui dire qu'il adopte la même attitude que sa femme quand elle le ouspille ou il ne repondra plus de lui... Bref. Il s'en était approché et sa barbe rousse frémissait de colère non contenue.

" S'qui qui t'a donné l'permission d'venir faire l'boulot ici !?! Tant à pas assez à toi !?! File donc voir si j'suis pas ailleurs et si j'dois plus être ici, l'seigneur Balian lui même viendra m'le dire ! Aller Ouste !"

D'un geste, il congédiait le malotrue comme il le faisait parfois de ces fils quand ils étaient turbulents. L'écuyer n'était plus un enfant, c'est certain mais pour le cinquantenaire qu'il était, l'Léon avait toujours la primeur de l'age. Et on s'devait de respecter ces aînés namé ! Sans autre forme de procès, il se tourna vers le visiteur et spectateur de la scène. Détachant son trousseau de clef de sa ceinture, il lui ouvrit grand les grilles.

"Soyez l'bienvenue au Ferrassières Monseigneur. M'ssir votre frère est à l'intérieur, mon fils Benoit va vous m'ner à lui ... Pouvez laisser votre ch'val ici, on s'en occup'ra comme y faut."

D'un geste pour le prénommé Marin, il désigna l'enfant qui patientait non loin avant de prendre les brides de la monture pour lui laisser le temps de descendre. Et c'est seulement une fois cela fait qu'il les tendit à Bardor.

"Occupes toi donc d'lui, CA c'est ton boulot !"

Oui y pouvait être rancunier le vieil homme ...
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Bardor

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MessageSujet: Re: [RP] Le moment est venu…   Jeu 3 Mai - 11:28

Ce retourna il aperçu le vieux garde.

Excuse moi Leon je passais par ici..Et.. Non mon excuse n'est pas recevable.


Prenant les rênes du cheval.

Bonne journée à vous messires.


Puis il partit en direction des écuries en boitant, il prit une gorgée d'alcool de riz...

De dieu cette douleur ne partira donc telle pas ?!


Oui soigner le mal, par le mal...
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Marin

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MessageSujet: Re: [RP] Le moment est venu…   Sam 12 Mai - 19:25

[Le jour où tu arriveras à saisir cette pierre, ce sera pour toi le moment de partir vers d'autres horizons.*]

Alors que le jeune cavalier était sur le point de perdre son sang-froid et d’encastrer le crâne de l’impudent entre les montant de la grille, un petit homme bourru s’approcha d’eux en grognant. Rien à voir avec le jeunot mal dégrossi…
On sentait chez lui l’expérience, le respect et la dignité, ainsi qu’un mélange d’odeurs d’huiles et de graisses, qui ramenèrent instantanément le Balafré des années en arrière, quand enfant, il jouait avec les épées de son père, sous le regard bienveillant de Joseph, le vieux serviteur qui lui servait de maître d’armes et de précepteur.

Il en avait passé des heures dans la salle d’armes à répéter inlassablement les sixte, septime, octave, quarte; à avoir les jambes qui en arrivaient à trembler à force d’être fléchies; à supporter, stoïque, les crampes douloureuses au creux de sa paume à bien trop se crisper sur le pommeau de son arme. La rigueur du bel art pour mieux apprendre la rigueur de la vie. Coup droit, parade, riposte… coup droit, parade, riposte… encore, et encore, et encore… En garde, marchez, rompez, passe avant, fente, retour en garde, jusqu’à l’abrutissement, jusqu’au «fendez-vous!» final après lequel il s’écroulait de fatigue, incapable de se relever.

Mais Joseph était toujours là pour lui tendre la main quand il était si proche de craquer et d’aller se réfugier dans les jupons de Ninon sa gouvernante. Mais vous pouviez être certain qu’il le remettait à l’épreuve dans la minute qui suivait. Toujours là à souffler le chaud et le froid, mais sans violence, calmement, le sourire aux lèvres. Ah son sourire! Ce sourire en coin irritant qu’il avait sur le visage à longueur de journée et qui remplissait si bien son rôle sur le jeune apprenti! Combien Marin l’avait détesté quand il montait au moment le plus inopportun, lorsqu’il avait besoin de tout sauf de ça! Quand, associées aux yeux moqueurs, les lèvres prenaient la position honnie qui ramenait le jeune impétueux à sa condition de disciple.

Mais avec le temps, c’était devenu un jeu entre eux. Et plus Marin grandissait, s’étoffait, prenait confiance en sa maîtrise des armes et en lui-même, plus le sourire apparaissait au coin de ses lèvres, comme un reflet de son assurance. Pour Joseph, au contraire, les années avaient achevé d’affaisser sa haute stature et de creuser son visage. Les traits tirés sous ses yeux las prenaient à présent le pas sur un sourire effacé.

C’est un jour d’Octobre, après avoir une fois de plus poussé dans ses derniers retranchements son désormais solide élève, que le sourire du vieil instructeur se figea soudain. Son coeur se compressa dans sa poitrine, ses jambes se dérobèrent et il s’écroula. Marin se précipita vers son maître pour lui porter secours, mais il n’y avait rien à faire. Allongé à même le sol froid, dans la salle d’armes qu’il affectionnait tant, la main de l’adolescent affolé sous la nuque, il le regardait calmement, les traits détendus.
Tout était étonnamment calme et paisible. Même la nature semblait s’être donnée le mot pour que pas un bruit ne vienne troubler l’instant. Le vent était tombé, les oiseaux s’étaient tus, il ne restait dans la pièce humide qu’un souffle léger.
Après quelques instants, il brisa le silence d’une voix faible et sifflante:


Vis, Marin, tu es prêt à présent. Fais comme ton frère, tes soeurs avant toi. Pars, fuis ce domaine, fuis cette famille qui, tu le sais, a déjà verrouillé ton avenir.
Un jour, tes pas te ramèneront sur le chemin des tiens, j’en suis certain, mais en attendant, tu dois vivre et devenir un homme libre, libre de choisir son destin et de commettre ses erreurs…
Oui tu es prêt… J’ai toujours su qu’il te faudrait en passer par là, j’espérais juste pouvoir t’accompagner un peu plus…


Et dans un dernier souffle, il répéta:

Vis…

Les yeux usés fixèrent celui qu’il considérait presque comme un fils, son sourire monta une dernière fois avant que le regard bleu acier ne s’éteigne à jamais. Marin resta là, à le veiller trois jours et trois nuits durant, à genoux devant le corps inerte, refusant toute nourriture, prostré, comme vidé de toute envie… de toute vie.

Quand le troisième jour il se releva, il ne prononça pas un mot, rempli une besace de quelques vêtements, se dirigea vers la salle d’armes où il attrapa l’épée soigneusement huilée de Joseph avec son fourreau et son ceinturon, ainsi que la dague qu’il avait reçu pour son dixième anniversaire. Ninon, qui avait tout de suite compris ce que le jeune noble préparait, essaya en vain de le raisonner. Et malgré les supplications et les larmes de la bonne-femme, il monta sur son étalon à la robe sombre et quitta le domaine familial, sans un regard pour les murs sombres qui l’avait vu naître.

Ce jour-là, Marin de Montbazon-Navailles effaçait et Marin Bellay du Plessis commençait sa vie d’aventure, un sourire au coin des lèvres.


"Soyez l'bienvenue au Ferrassières Monseigneur. M'ssir votre frère est à l'intérieur, mon fils Benoit va vous m'ner à lui ... Pouvez laisser votre ch'val ici, on s'en occup'ra comme y faut."

La voix forte le fit sortir de ses pensées. Il regarda une nouvelle fois le petit homme, qui visiblement n’appréciait guère qu’on lui vole ses prérogatives, et sut immédiatement qu’il allait lui plaire. Il est parfois des choses qui se sentent sans que l’on ait besoin de les justifier, c’était ainsi…

Et c’est un homme apaisé qui mit pied à terre, un homme qui retrouvait son identité et sa famille, un homme qui avait vécu, aimé, mais qui avait aussi perdu beaucoup quand Elle, son Amour, sa douce Amie, sa rousse ravageuse avait disparu sur les routes du Royaume.
Mais surtout, alors que, irréels, les rayons du soleil perçaient les nuages, celui qui entra dans Férrassières, était un homme qui avait commis ses erreurs et avait appris sa leçon.



*Maître Po - Maître de Kwai Chang Caine dans la série Kung Fu
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MessageSujet: Re: [RP] Le moment est venu…   Jeu 24 Mai - 16:56



- … mon fils Benoit va m’ner à lui …

Benoit … Oups s’était lui ça ! Relevant le nez de l’intéressante observation du millepatte qui tentait en vain de monter sur sa chaussure, le gamin tenta de comprendre ce qu’on attendait de lui.

Emmener qui où et auprès de qui ? Tel est le problème qu’il devait résoudre. Bon qui … Se devait surement être le cavalier puisque l’écuyer s’éloignait déjà. En boitant … Tiens pourquoi est-ce qu’il boitait lui ? Un sourire malicieux étirait alors les lèvres du gamin. Il venait de trouver l’énigme de sa future enquête. C’est qu’il aimait cela le p’tiot. Il aimait chercher, fouiner, questionner l’air de rien pour finalement découvrir. Avec Guillaume et Léon junior, ces neveux du même âge, ils réussissaient toujours ! Bon parfois, fallait qu’il demande l’aide d’Eugénie, sa sœur, ou celles de Mathilde et Sarah, les sœurs jumelles de Guillaume, parce qu’il avait des trucs de filles que les filles disent qu’aux filles. Du haut de ces dix ans, le gamin l’avait déjà compris. Bon avec cinq sœurs plus vieilles que lui, il n’avait pas de mérite pour cela. Mais en ce qui concernait l’écuyer de Seigneur des lieux, son esprit fertile vagabondait déjà vers d’autre horizon. Avait-il été blessé lors d’un combat ? Surement ! Un combattant ne pouvait se blessé qu’ainsi voyons. Combien y avait-il d’assaillant ? Un ? Deux ? Trois ? Cinq ? Dix ? Et lui, s’était-il battu seul ? Avait-il eut de l’aide ? Sa vie avait-elle était en danger ? Serait-il mort en héros si cela avait été le cas ? Comme ces frères, Jean et Samuel …

A cette pensée, le petit brun se rembrunit un peu. Il n’avait aucun souvenir du second, Samuel était partie en guerre à tous justes seize ans, laissant derrière lui, une amourette pleine de ces vœux qui lui a donné une fille et un fils à titre posthume. Hannah et Samuel, nommé ainsi en l’honneur de son père. A défaut dans avoir le nom, il en avait déjà le prénom. Et quand cela était arrivé, Benoit n’avait que quatre ans, donc tous ce qu’il en savait c’est les grands qui le lui avaient raconté. Pour Jean, il avait six ans et quelques souvenir de son frère mais surtout de la peine de sa mère quand la nouvelle de son décès était arrivé jusqu’à la maison. Rachel, l’ainée de la fratrie, lui avait dit alors que c’était ainsi pour tous. Leur mère sombrée dans sa peine pendant quelques semaines avant de se reprendre. C’est qu’elle en avait déjà enterré beaucoup, des enfants, la Mathilde : Samuel, dix-sept ans. Jean, quinze ans. Ruth, deux ans. Léonie, neuf ans. Simon, deux mois. Paul, deux ans ou presque. Et hors mis Jean, il n’avait souvenir d’aucun, ne les avait même pas connu parfois … Pourtant, s’était dure d’être le dernier, celui qui survit, celui qui doit tout faire parce lui il a la chance d’être là …

Donnat un coup de pied dans une pierre qui avait juste fait l’erreur d’être là où le bon Dieu l’avait placé, le gamin, perdu dans ces souvenirs, en avait complétement oublié son père, le visiteur et son enquête sur l’écuyer et fut ramener à la réalité par un raclement de gorge de son père.


- T’vas am’ner M’sire Marin auprès du Seigneur compris ?

C’est qu’il n’était pas fou le Léon et comprenait souvent ce qui se tramait dans l’esprit de son petit dernier, du moins, le gamin en avait l’impression. Et devait donc avoir remarquer que le gamin n'avait pas suivit un traître mot de se qu'il lui avait dit avant. Peut-être que c'était grâce à cet compréhension, qu’à la différence de son épouse, il ne faisait pas de distinction entre Benoit, ses frères et ces neveux … Au grand soulagement du môme.

- D’accord … V’nait m’sir c’est par

Et sans attendre, les épaules un peu vouté par dernières pensée, le garçonnet tourna les talons et pris la direction de la demeure, tendant juste l’oreille pour s’assurer que le visiteur en noir le suivait bien.

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